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Message par Invité le Jeu 24 Juil - 0:02


Vivien S., Samaël L., & Sara C.

« ... you wanna talk about a perfect butt and it's in the room. »


Des mois, peut-être même des années depuis que Sara n'avait pas reparlé de vive voix à celle qu'elle considérait pourtant comme sa meilleure amie. Le temps -et les aléas de la vie- avait eu raison de leurs discussions plus ou moins logiques et claires, mais Sara n'avait cessé de penser à Vivien, se demandant à chaque instant ce qu'elle devenait. Les lettres qu'elles échangeaient répondaient à certaines de ces questions, mais il fallait avouer que maintenir une relation épistolaire était un défi ardu à relever pour quelqu'un qui, comme Sara, détestait se poser pour écrire. Recevoir des lettres de Vivien était beaucoup plus agréable que d'y répondre, pas parce qu'elle ne savait pas quoi dire, mais parce qu'elle n'était pas forcément du genre à s'épancher sur sa vie et encore moins à la décrire sur parchemin. Leurs délires n'avaient pas disparu, mais elle ne pouvait s'empêcher de se demander ce que ça donnerait si elles se retrouveraient à nouveau face à face. Vivien était devenue maman, et ses centres d'intérêt n'avaient pu que changer depuis la période où elles faisaient la fête avec la même aisance qu'un phœnix sait allumer une clope. Sara, elle, n'avait pas réellement changé. Elle avait obtenu son doctorat, certes, et intégré l'une des plus grandes équipes de quidditch de Londres, mais elle, en tant que personne, n'avait pas réellement changé. Seule sa peur de prendre de l'âge était née, mais elle se contentait de la laisser dans un coin de sa tête, comme si elle n'existait pas. Sara était la même jeune femme que dix ans plus tôt, lorsqu'elle finissait ses études à Beauxbâtons. Pourtant, malgré cette angoisse de ne plus être à la même page que Vivien, lorsqu'elles s'étaient proposé de se revoir -enfin !-, ce n'était pas cette peur qui l'avait saisie, mais une réelle joie. Elles allaient se revoir ! Et, à ce moment précis, en ouvrant la lettre de son amie, c'était comme si rien n'avait changé entre elles. Rien n'aurait changé entre elles, elle en était à présent persuadée.

Pourtant, comme lieu de retrouvailles, on avait mieux fait que Poudlard. Mais Vivien avait son fils, et elle s'imaginait mal son amie le trainer dans un bar et lui donner un biberon de bière ou de Chardonnay. Et puis, il y avait pire que Poudlard, mine de rien. Déjà parce que ça avait sa maison pendant huit ans, mais aussi parce que des expériences plus récentes lui avaient clairement fait comprendre que ce n'était pas un simple lieu d'études. D'autres choses que des cours, des devoirs et des révisions pouvaient s'y passer, des choses beaucoup moins... sérieuses. Il fallait peut-être croiser les -la- bonnes personnes, mais la dernière fois que Sara avait traversé le couloir du troisième étage, ce n'était pas du tout avec la même impression que des années plus tôt... Elle avait même goûté à cette salle de bain des professeurs, interdite à quiconque n'avait pas le précieux badge pour y accéder. Non, décidémment, Sara voyait Poudlard d'un œil différent à présent, de l'oeil de quelqu'un qui n'y mettait plus les pieds pour étudier, mais pour partager sa passion et... non, partager ses passions, dirons-nous. Et, à ce moment particulier, si elle entrait à nouveau dans Poudlard, c'était pour retrouver son amie... Elle venait incognito, se plaisait-elle à croire. Sans son maillot, elle était toujours étonnée qu'on puisse la reconnaitre. Elle espérait toujours se fondre dans la masse, et, dans le cas présent, se faire passer pour une étudiante -il n'y avait rien de mal à vouloir paraître quelques années de moins. On ne l'avait pas arrêtée lorsqu'elle avait franchi les portes de l'école, pas plus qu'on ne l'avait arrêtée dans les couloirs. Des regards étranges et insistants, pourtant, elle en avait croisé, mais les étudiants devaient se faire peu à peu à sa présence. La première conférence qu'elle avait donnée serait loin d'être la dernière, et après les premières émotions que son passage pouvait susciter -il y avait toujours des gens bizarres pour réagir avec excès, n'est-ce pas ?-, Sara se plaisait à présent à croire qu'elle était acceptée dans la population de l'école. Elle n'avait rien fait pour attirer l'oeil, toutefois, et peut-être que ça avait contribué à sa discrétion. Pas de talons ni de jupe courte comme elle savait les porter sans gêne. Son dos-nu était couvert par sa veste, et elle se fondait parfaitement dans la masse. C'était d'ailleurs l'effet recherché. Elle était là pour retrouver Vivien et profiter d'elle, pas pour attirer les regards -et pourtant, qu'est-ce que cette sensation pouvait lui être agréable... mais à chaque moment ses priorités. Elle n'était plus réellement sûre d'où se situait l'appartement de Vivien -elle lui avait expliqué en long, en large et en travers, mais la brunette n'avait pas réussi à se concentrer au-delà de « quand tu rentres dans l'école... ». La voilà donc qui se retrouvait un peu gênée. Elle était passée deux fois dans un couloir, avait traversé trois fois la même cour, feintant une pause volontaire en s'asseyant quelques minutes sur un banc qui avait croisé son chemin. Elle s'était relevée, l'air de rien, et était repartie à la chasse d'appartement. Avec un peu de chance, Vivien avait fini par sortir la chercher, désespérée d'attendre une tête en l'air qui n'arrivait pas. Sara se repérait parfaitement bien dans l'école, elle savait par où passer si on lui donnait une destination, mais la réalité était qu'elle n'avait même pas réussi à retenir un repère pour se rendre chez son amie.

La voilà donc qui prenait un nouveau couloir et grimpait des escaliers qui la menaient... elle savait exactement où, mais elle était loin d'être sûre de retrouver son amie là-haut. Et, en gravissant les marches, elle en vint même à se demander si elle ne l'avait pas déjà croisée depuis qu'elle s'était perdue, et qu'elle ne l'avait pas reconnue. Peut-être qu'elle-même avait changé physiquement, depuis le temps. A vingt sept ans, elle ne pouvait rien faire contre les premiers signes de l'âge. Alors imaginons l'évolution de Vivien, qui était maintenant maman... -coucou à toutes les mamans. Sans réaliser ce qu'elle avait fait pour se retrouver là, elle s'arrêta au milieu d'un couloir qu'elle avait traversé dans d'autres circonstances, quelques temps plus tôt... Sans soutien-gorge, et les cheveux collés à son front par la sueur qu'avait provoqué un sport bien intensif. Ah, les cours de duel... S'apprêtant à faire demi-tour en se demandant quelle mouche l'avait piquée pour se retrouver là, elle s'arrêta dans son geste, ses yeux perçants reconnaissant la silhouette qui venait de passer le coin du couloir, à une dizaine de mètres. « VIVIIIIIIiiii -- » Elle s'arrêta net dans son élan, venant de se rendre compte que la silhouette était accompagnée. Et si Vivien n'avait pas changé d'un ponce malgré les années, il en était de même du directeur qui l'accompagnait, qui, lui, n'avait pas changé malgré les jours qui les séparaient de leur précédente entrevue. Un hoquet de surprise s'étouffa dans sa gorge. Merde. Elle s'avançait doucement vers eux, l'air de rien, avec un sourire qu'elle souhaitait simplement poli. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de regarder Lewis d'un air tout sauf simple et poli. Elle se concentrait donc sur Vivien, sa Vivien, qu'elle revoyait pour la première fois depuis des années... « Ton appart' est caché, c'est ça ? J'ai fait le tour de l'école, je te jure, j'ai fait mon sport du jour... » Un petit regard malicieux à Lewis lui échappa. « Bonjour, Professeur Lewis », dit-elle en lui tendant la main. « Ravie de vous revoir... » Mais elle ne pourrait pas tout raconter à Vivien tant qu'il serait là. Pourtant, quelque part, les retrouvailles avec Vivien tendaient à la rendre inconfortable. De quoi allaient-elles pouvoir parler ? Vivien était-elle la même personne que celle qu'elle avait quittée des années auparavant ?

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Re: {{ That awkward moment when...

Message par Invité le Jeu 24 Juil - 23:33

    La brunette venait de finir une heure de réunion avec son patron, Samaël Lewis. Une certaine relation de confiance semblait peu à peu prendre forme entre les deux collègues, si bien que Vivien ne se sentait plus autant obligée de montrer qu'elle n'était pas la dernière des abruties. Evidemment, Samaël n'avait rien pour autant d'un tyran, mais il fallait avouer que miss Sixmith avait l'habitude d'être en permanence testée et remise en question, si bien que se faire à la façon "cool" de diriger les classes de son boss l'avait un tantinet prise au dépourvu.
    Bon, maintenant, les choses sérieuses allaient commencer. Ils venaient de sortir du bureau de Samaël, et Vivien savait que c'était maintenant ou jamais.


      - Jesse doit aller voir le médecin, il me faudrait...
      Vivien jeta un œil à son interlocuteur pour essayer de décrypter son regard. Bon, comme d'hab, c'était un petit peu compliqué.
      - Il me faudrait une demi-journée de congé.
      Ben oui, quand il fallait se lancer hein... Ce n'est pas Vivien qui allait avoir peur de Samaël. Il n'était pas si horrible que ça, il fallait juste s'habituer à ses ... silences. Mais dans le fond, elle l'aimait bien.
      - Il a quoi?
      Suspicion dans l'air. Elle ne se laisserait pas démonter. Il s'agissait de son petit Jesse.
      - D'accord si ça ne se reproduit pas. J'espère que c'est exceptionnel et que tu pourras concilier boulot et Jesse à l'avenir sans que ça n'interfère sur notre travail.
      - Pas de soucis. Il a un vaccin à faire et pleurait encore de peur quand j... répondit-elle naïvement avec un sourire satisfait, mais elle se retint de finir son récit en voyant le haussement de sourcil de Samaël. Elle se sentit obligée d'ajouter un magnifique : " Si il y a besoin que je travaille quelque chose chez moi, dis-le moi, je ferai ça sans soucis. "

      Samaël était sur le point de répondre lorsque...
      - VIVIIIIIIiiii -
      Et là, on perdit la Vivien collègue, on retrouva la Vivien copinette. Elle poussa un cri digne de celui de sa meilleure ami. " HIiiiiiiiiiiiiiiiiiiiIIiiiii ". Elle se racla la gorge pendant que son amie continuait de parler. Son appart, caché? N'importe quoi. Il suffisait de suivre les pleurs de Jesse. Mieux qu'un GPS, sauf qu'on ne peut pas l'éteindre.


    Elle observa son amie pendant qu'elle tendit la main vers Samaël. C'était étrange.
    Et finalement, elle essaya de se souvenir une situation avec elles deux qui n'était pas étrange, et il semblât que ce genre de scène fût indisponible dans les méandres de la mémoire de la jeune femme. Comme c'était étonnant.
    En tous les cas, Sara était toujours ce joli bout de femme, plus grande qu'elle-même, plus mince aussi. Elle resplendissait toujours autant de confiance en elle, et sa voix fit resurgir des souvenirs de la mémoire de Vivien. Des souvenirs qu'il aurait été bon, en temps normal, de se remémorer, mais des souvenirs qui lui faisaient brûler d'envie de retourner dans le passé, juste celui-là, le temps de l'insouciance, où la petite brune ne se souciait guère de l'avenir, des problèmes, ou de la signification du mot "responsabilités". Elle avait peur d’avoir changé, de ne plus être assez fêtarde pour son amie. Elle avait peur de faire face, elle-même, à ce qu’elle était devenue, une maman poule, assistante d’un prof qu’auparavant elle martyrisait.
    Oui, finalement, peut-être que ses retrouvailles étaient plus effrayantes qu’elle ne l’avait prévu.
    Et peut-être aussi qu’avec Samaël, la jeune maman était en train de vivre une des scènes les plus étranges du monde : retrouver sa meilleure amie des années après, devant son boss. Oui, franchement, c’était chelou.

      - Il est facile à trouver mon appart…finit-elle par protester contre l’autre situation étrange du moment : Samaël et Sara. Effectivement, elle n’avait vraiment pas changé.


    Et c’était vraiment une situation chelou.


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Message par Invité le Dim 4 Jan - 18:24

Si Samaël Lewis n'était pas le plus swag des directeurs (car ce titre là revenait à Grayson-le-hipster haut la main), il n'était pas le plus rigide non plus (ben oui, cette place là aussi, était déjà prise - on se demande bien par qui, hein Junko ?). On pouvait le considérer entre les deux, c'est à dire, plutôt adepte des compromis... Tant qu'ils finissaient toujours par l'arranger lui d'une façon ou d'une autre. C'est pourquoi, lorsque Vivien, en sortant de son bureau après une petite réunion afin de savoir comment elle s'en sortait depuis le début de l'année, lui avait demandé un jour de congés pour son fils malade, il avait d'abord joué la suspicion (il fallait bien marquer son autorité, un peu) avant d'accepter, sous réserve que son travail n'en pâtisse pas (il n'était pas un monstre, non plus, mais Poudlard c'était pas la foire, quoi). Cela dit, il était de bonne humeur, aujourd'hui, alors, en réalité, il aurait probablement accepté quoi qu'il en soit. Ces dernières semaines avaient été ... enrichissantes en tout point de vue, et sa rencontre avec une certaine brunette n'était pas pour rien dans ce constat. Aussi, il se sentait proche de mettre la main sur le petit couillon qui jouait avec ses nerfs et avait tenté de le pièger avec Junko, ce qui le mettait en joie. C'est donc avec un sourire tranquille qu'il raccompagna brièvement Vivien hors de son bureau, le temps de finir leur discussion... Lorsqu'un cri les interrompit, venant l'autre bout du couloir, lui faisant lever les yeux.

Qu'elle ne fut pas sa surprise en reconnaissant la silhouette qui les dévisageait, et si, l'instant d'après, Vivien n'avait pas répondu en écho au cri de la demoiselle, Samaël se serait probablement posé des questions sur la santé mentale de sa dernière conquête - il était habitué à provoquer des réactions parfois disproportionnées sur la gente féminine mais les entendre crier en le voyant... Non. Pas à ce point là, quand même. Que voulez-vous, il ne s'appelait pas Bart Vaughan. Sans se départir de son sourire, Samaël observa les deux jeunes femmes se retrouver, bien que d'une façon un peu étrange... Un mélange d'euphorie mêlée de distance. Ne sachant trop quelle attitude tenir, il se contenta de les laisser s'apprivoiser, les regardant tour à tour jusqu'à ce que Sara semble soudain se rappeler de lui. « Bonjour, Professeur Lewis. Ravie de vous revoir... » Son sourire s'élargit quelque peu, son regard se faisant plus taquin. « Moi de même, Mademoiselle Costantini. » Il saisit ses doigts avec douceur, non sans apprécier leur contact, les lâchant à regret avant de, de nouveau, tourner son regard vers Vivien en ajoutant sur un ton légèrement ironique « Les présentations semblent inutiles... », pour finalement, reposer son regard sur Sara. L'ambiance était tendue, c'est pourquoi, après un silence, il ajouta, comme s'il terminait sa phrase précédente : « ...et ma présence n'a pas l'air d'être la raison de la votre, alors, je vais vous laisser, je vois bien que je suis de trop. » Esquissant une petite révérence, il conclut prestement : « J'imagine que nous nous reverrons... Profitez bien de votre amie. » Il ponctua le tout d'un clin d'oeil avant de se reculer. Lewis savait reconnaître une situation embarrassante quand il en voyait une, et cette situation en était sans nul conteste une, rien qu'à voir les regards un peu fuyants des deux jeunes femmes, même s'il avouait bien volontiers s'en aller à regret, à la fois rongé de curiosité et de désir qu'il était... Cependant, il savait également quand il valait mieux se retirer.

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Re: {{ That awkward moment when...

Message par Invité le Lun 5 Jan - 0:41

La situation était un peu étrange, il fallait bien l'admettre. Sara n'avait jamais autant mis les pieds à Poudlard que ces derniers mois depuis qu'elle en était sortie diplômée. Quelque chose semblait l'attirer ici jour après jour, comme un moustique est attiré par le moindre halo lumineux en pleine nuit. Mais Sara n'était pas un moustique, et Poudlard ne pouvait pas être comparé à une ridicule lueur en pleine nuit. Pourtant, les situations étaient comparables, pour ne pas dire similaires. Depuis la rentrée de septembre, Sara n'avait cessé de faire des passages plus ou moins brefs à Poudlard. D'abord pour ces conférences auxquelles on lui avait proposé de participer, mais aussi pour ces étudiants avec lesquels elle aimait toujours passer un peu de temps. Une Eden qui avait des petits trucs à lui dire, ou une Alyénor à qui elle devait raconter une blague qu'elle avait entendue la veille... Non, vraiment, Sara ne manquait pas de raisons de mettre les pieds ici. Et aujourd'hui, elle était là pour une vieille, très vieille amie, qui semblait émerger d'entre les morts.

Tout du moins, c'était comme ça qu'elle le ressentait. Car si les premiers instants de leurs retrouvailles pouvaient sans aucun mal s'apparenter à une crise d'hystérie, une fois l'euphorie passée, une gêne toute nouvelle prit place. Et jamais Sara n'avait été gênée avec ses amis. De base, ce sentiment d'inconfort lui était presque étranger, mais si on rajoutait à cette équation la variable de l'amitié... C'était pour ainsi dire du jamais vu. Pourtant, les années qui les avaient séparées n'étaient pas inexistantes, loin de là. Et en des années, le destin d'une personne pouvait basculer au total opposé de ce qu'on pouvait lui prédire autrefois, tout comme il pouvait ne pas bouger. Du côté des deux jeunes femmes, ces deux situations, aux antipodes l'une de l'autre, s'étaient avérées être vraies. Vivien était devenue mère, et assistante de professeur. Sara, elle... n'avait pas bougé. Pas vraiment. Comme durant toute sa vie, elle avait suivi ce destin linéaire qu'on lui proposait jour après jour. Sans broncher, elle l'avait accepté, parce que c'était ce qu'elle voulait. Mais, au final, sa vie la rattrapait. Elle approchait des trente ans, et elle savait de quoi cette réalité était synonyme dans le domaine du sport de haut niveau. Elle savait que les années dans le quidditch de haut niveau ne filaient pas à la même vitesse que dans la vie de tous les jours. Mais la vérité, c'était qu'elle ne vivait plus cette vie de tous les jours depuis un moment déjà ; et, dans cette vie qu'elle s'était choisie, elle n'était pas loin d'avoir un pied dans la tombe. Elle était au bout de sa vie, et elle n'avait rien accompli. Quelque part, Sara se délectait d'avoir su garder cette part de jeunesse qui l'animait au quotidien... Mais, lorsqu'il lui arrivait de regarder où en étaient ses amis, tout lui rappelait que ses belles années étaient passées, et qu'elle n'avait pas rencontré de prince charmant, qu'elle n'avait pas fait d'enfant, et qu'à l'heure où toutes ses anciennes amies commençaient à exceller dans leur domaine, Sara voyait sa carrière s'étouffer peu à peu.

Et Vivien n'était qu'un rappel de plus que toute sa vie n'avait fait que stagner. Cette Vivien avec laquelle elle avait autrefois bu, trop bu d'ailleurs, était aujourd'hui maman, et tenait un poste respectable qui, elle le savait d'ores et déjà, lui servirait très probablement de tremplin pour atteindre de meilleurs desseins. Sara, elle, ne ferait que chuter. Mais il fallait faire semblant, comme durant toutes ces conférences de presse et ces interviews organisées ou autres confessions volées. Il fallait prétendre que tout irait bien, qu'elle savait où elle allait et que rien ne lui faisait peur, que son seul objectif était de marquer l'équipe d'Arsenal et de l'emmener le plus loin possible. Ses peurs-là, jamais elle ne les avait partagées. Et, encore une fois, devant Vivien, elle prétendrait que tout allait bien, qu'elle était fière de son parcours et qu'elle comptait encore passer des années au sein de son équipe, qu'elle ferait tout pour rendre sa mère fière, et qu'elle se savait encore un brillant avenir là où elle était. Sauf que ça n'aurait pas du se passer comme ça. Sara n'aurait pas du ressentir cette gène et ce besoin irrépressible de trouver un échappatoire à cet instant. Vivien était sans conteste toujours cette Vivien qu'elle avait connue et aimée, mais ces années semblaient avoir installé comme des barrières entre elles, des barrières qui n'avaient jamais existé auparavant.

Heureusement, pour atténuer l'embarras du moment, on pouvait toujours compter sur leur boss. Co-direction de Poudlard, il avait sans aucun doute sa place en tant que patron d'une assistante de professeur, mais il était aussi celui qui était responsable, au-delà du professeur de vol et de quidditch, de Sara la conférencière. Hinhin. Les prémices du boulot qu'elle serait forcée à prendre lorsqu'Arsenal ne voudrait plus d'elle. Mais passons. Samaël Lewis, à cet instant, n'arrangeait pas vraiment les choses. Ou plutôt, si. Enfin, bref, Sara ne savait pas trop. La dernière fois qu'ils s'étaient vus, ils avaient passé largement plus de temps nus qu'habillés, et ça aurait sans doute du sous-entendre que leur prochaine entrevue aurait été empreinte de malaise. Seulement, quelque part, Sara était bien contente de le croiser. Pas qu'elle puisse lui en faire part sur l'instant, mais après tout, elle lui avait accidentellement laissé un sous-vêtement. Et avait récupéré un de ses vêtements à lui. « Moi de même, Mademoiselle Costantini. » Il venait de lui arracher un sourire alors que leurs mains se trouvèrent dans un contact trop bref, juste le temps de quelques instants. « Les présentations semblent inutiles... » lança-t-il sur le ton de la plaisanterie alors que Sara posait son regard crispé sur lui. Oui, les présentations étaient inutiles. Elle s'éclaircit la voix en espérant trouver une réponse digne de son habituelle répartie, mais rien ne s'imposa et elle resta muette. Lewis en profita pour faire mine de reprendre sa phrase. « ...et ma présence n'a pas l'air d'être la raison de la votre, alors, je vais vous laisser, je vois bien que je suis de trop. » Putain, putain. Elle eut l'impression de détecter un regret dans sa première réflexion, et se nota à elle-même que son invitation à partager un Chardonnay était sans doute bel et bien sérieuse, ce qui n'était pas pour lui déplaire. « Il est facile à trouver mon appart… » grommela Vivien après sa première crise d'hystérie, alors que Sara évaluait la situation à une vitesse impressionnante. Face à elle, une Vivien aussi coincée qu'elle en cet instant de grandes retrouvailles. Elle n'était pas très heureuse de la voir, comme prévu; Sara était toujours Sara, et Vivien avait évolué, elle. Sara était restée coincée dans les temps jadis, un peu comme un animal destiné à s'éteindre tout seul sur sa branche phylogénétique sous l'effet de la sélection naturelle. De l'autre côté, Samaël Lewis, co-directeur de renom et amant au doigté sans pareil. Sauf que voilà, la triste réalité, c'était que Sara était moins gênée devant Lewis que devant une amie de jeunesse. Lui savait à peu près ce qu'elle était, et elle... ne devait pas se douter que sa vie n'avait pas bougé d'un poil. « J'imagine que nous nous reverrons... Profitez bien de votre amie » cherchait-il à s'éclipser. Mais Sara ne l'entendait pas de cette oreille. Lewis tombait toujours à pic dans la petite vie de Sara, il fallait croire. « Non non non ! Restez, plus on est de fous, plus on rit ! » Presque machinalement, elle l'avait attrapé par le bras. Elle ne comptait pas le laisser partir, et le regard appuyé que lui lançaient ses yeux noisettes en attestaient. « Si tu es d'accord, Vivi ! » Mais bizarrement, elle était à peu près sûre qu'elle serait d'accord. Parce qu'à moins qu'elles arrivent à se trouver un bar dans Poudlard, la situation promettait de demeurer aussi immobile que maintenant. Et Lewis, à cet instant précis -encore une fois-, semblait être l'homme de la situation. « Je veux dire, dans un contexte détendu du string. Personne n'est le boss de personne. » Enfin, Lewis n'était pas leur boss, quoi. Et le regard qu'elle lui lança lui fit comprendre qu'il était le seul concerné par cette précision, mais également qu'elle le savait largement capable d'oublier toute hiérarchie pendant un moment. Elle le menaçait presque du regard, la lèvre pincée, comme on le ferait avec un très bon ami qui s'apprêtait à nous laisser tomber. Tu fais ça, je t'envoie un Chardonnay bouchonné avec une pute travestie, voilà ce que disait son regard. Elle finit par lâcher son bras à contrecœur et regarda Vivien avec un petit sourire qu'elle espérait détendu. « Alors, il est où cette appart' largement trouvable ? »



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